🛢️ ⛽ Le baril repasse les 100 dollars, la région paie la note

Le pétrole a bondi de 6 % en une seule journée. Les prix montent, les budgets se tendent, et les taux ne vont pas baisser.

Weekly Recap
4 min ⋅ 14/09/2026

Semaine du 7 au 13 septembre 2026


Pendant deux ans, l'économie de la région se résumait à deux sujets : les taux d'intérêt et les élections. Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz, il n'y en a plus qu'un. Le pétrole.

Cette semaine, le baril est repassé au-dessus de 100 dollars pour la première fois depuis six semaines. Puis il a gagné plus de 6 % en une séance.

La suite s'est enchaînée toute seule. Le Mexique a supprimé sa taxe sur le diesel. Le Chili a vu ses prix grimper deux fois plus que prévu et sa banque centrale n'a pas bougé. La Colombie a mis un chiffre sur son trou budgétaire, le plus gros de son histoire récente. Et aux États-Unis, c'est l'essence qui a fait monter l'inflation, au point de rendre une hausse des taux quasi certaine mercredi prochain.

Le pétrole cher ne fait pas qu'augmenter les coûts. Il vide les caisses publiques par les subventions, il empêche les banques centrales de baisser leurs taux, et il pousse la banque centrale américaine à durcir, ce qui renchérit le crédit dans toute la région. Une cause, trois effets.


Économie

🛢️ Le pétrole clôture à 107 dollars, au plus haut depuis mai

Le baril de Brent, la référence internationale, a gagné plus de 6 % jeudi 10 septembre pour finir la journée à 107,63 dollars à Londres. C'est son niveau le plus élevé depuis la mi-mai. La veille, il avait déjà repassé les 100 dollars pour la première fois en six semaines.

Pourquoi maintenant ? Un oléoduc saoudien qui transportait l'équivalent de 4 % de la production mondiale a été fermé par précaution après une attaque. Les rebelles houthis ont pris le contrôle d'un port de la mer Rouge. Et le détroit d'Ormuz, par où passe environ un cinquième du pétrole mondial, reste largement bloqué depuis le début du conflit entre les États-Unis et l'Iran, en février.

Les gouvernements amortissent comme ils peuvent. Le Mexique a supprimé vendredi 11 septembre la totalité de sa taxe sur le diesel pour la semaine suivante, pour éviter que le transport routier ne dérape. Son budget 2027, déposé trois jours plus tôt, part pourtant du principe que le baril retombera à 62 dollars l'an prochain.

→ À retenir : le carburant entre dans le prix de tout ce qui se déplace. Quand il monte, les prix à la pompe et les tarifs de transport de marchandises suivent en quelques semaines. Et un État qui subventionne dépense de l'argent qu'il avait prévu pour autre chose.

🇨🇱 Au Chili, les prix accélèrent et la banque centrale ne peut rien faire

Les prix ont augmenté de 0,6 % en août au Chili, soit le double de ce qu'attendaient les analystes, selon l'institut de statistique. Sur un an, l'inflation atteint 4,1 %, au-dessus de la limite haute que s'est fixée la banque centrale. L'alimentation a pris 1,4 % sur le seul mois d'août.

Le même jour, la banque centrale a maintenu son taux directeur à 4,5 %, inchangé depuis décembre. Elle a désigné les carburants comme responsable principal. Le reste du tableau est sombre : un chômage à 9,5 %, au plus haut depuis cinq ans, et une économie qui recule depuis deux trimestres.

Le pays se retrouve coincé. Baisser les taux relancerait l'activité mais nourrirait l'inflation. Les monter ferait l'inverse.

→ À retenir : pour qui achète du cuivre, des fruits, du saumon ou du vin chiliens, les coûts montent et rien n'indique qu'ils redescendront tant que le pétrole restera cher.

🇧🇷 Le Brésil, seul pays où les prix ont baissé

Les prix ont reculé de 0,32 % en août au Brésil, selon l'institut national de statistique. Sur un an, l'inflation retombe à 4,22 %, contre 4,44 % le mois précédent. Le logement et les transports expliquent l'essentiel de la baisse.

Le taux directeur brésilien reste à 14 %, l'un des plus élevés au monde. La banque centrale se réunit les 15 et 16 septembre.

→ À retenir : pendant que ses voisins voient leurs prix repartir, la plus grande économie de la région les voit ralentir. C'est la seule qui pourra bientôt baisser ses taux, ce qui rend ses actifs plus attractifs que ceux du reste du continent.


Entreprises

⛽ Chevron investira 7 milliards au Venezuela sans sortir un dollar de sa poche

Le directeur général de Chevron, Mike Wirth, a expliqué vendredi 11 septembre que le plan d'investissement de 7 milliards de dollars du groupe au Venezuela serait payé avec l'argent que rapportent déjà ses activités sur place, sans aucun apport extérieur.

L'objectif est de dépasser 600 000 barils par jour d'ici cinq ans, soit environ le double d'aujourd'hui, puis de tenir ce rythme. Le nombre d'installations de forage sera plus que doublé.

→ À retenir : une partie de la réponse à la pénurie viendra donc des Caraïbes plutôt que du Golfe. Mais un projet qui s'autofinance avance lentement, au rythme de ce qu'il rapporte. Ce n'est pas ça qui fera baisser le baril cette année.

🚢 Le canal de Panama réduit le trafic au pire moment

À partir de la mi-septembre, le canal accepte moins de bateaux par jour : 32 au lieu de 34. La raison est la sécheresse. Entre mai et août, il a plu 34 % de moins que la normale sur le bassin qui alimente le canal en eau.

Le problème, c'est que la demande, elle, explose. Comme le détroit d'Ormuz est bloqué, les cargaisons d'énergie américaines passent désormais par Panama. Les bateaux qui arrivent sans réservation ont attendu jusqu'à 19 jours fin août, du jamais vu depuis 2022. Les places libres sont vendues aux enchères : elles partaient à 55 000 dollars l'hiver dernier, elles dépassent aujourd'hui le million, avec un record de 5,3 millions payé par un transporteur de gaz début septembre. Certains navires préfèrent contourner toute l'Amérique du Sud, ce qui rallonge le voyage d'un mois.

→ À retenir : entre 3 % et 5 % du commerce mondial passe par ce canal. Chaque jour d'attente se répercute sur le prix du transport maritime, puis sur le prix des marchandises à l'arrivée. C'est le coût le plus visible et le plus immédiat de la crise actuelle.

🛍️ Primark s'implante au Mexique

Liverpool, qui exploite 125 grands magasins et 196 enseignes Suburbia au Mexique, a annoncé le 10 septembre un accord pour y implanter Primark. Le principe : Liverpool ouvre et gère les magasins, Primark fournit la marque et les produits. Ni le nombre de magasins, ni les villes, ni les montants n'ont été précisés.

Primark vient de franchir les 500 magasins dans 19 pays. Ses ventes stagnent dans ses magasins existants, et sa croissance repose désormais presque entièrement sur les ouvertures.

→ À retenir : premier pays d'Amérique latine pour l'enseigne. La formule choisie ne lui coûte quasiment rien puisque c'est son partenaire qui investit. Et le calendrier n'est pas un hasard : la consommation mexicaine ralentit, ce qui profite aux enseignes bon marché.


Finances & Marchés

🏦 L'inflation américaine rend une hausse des taux quasi certaine

Les prix ont augmenté de 0,4 % en août aux États-Unis, et de 3,4 % sur un an, selon les chiffres publiés vendredi 11 septembre. L'essence, en hausse de 3,9 % sur le mois, explique à elle seule plus d'un tiers de cette progression.

Les marchés en ont tiré la conclusion immédiate : la probabilité que la banque centrale américaine relève ses taux mercredi prochain est passée de 70 % à près de 90 % en une journée. Ce serait la première hausse depuis trois ans.

→ À retenir : c'est le sujet le plus important de cette édition. Quand les taux américains montent, les capitaux quittent les pays émergents pour aller chercher du rendement aux États-Unis. Les monnaies latino-américaines baissent, et les États de la région empruntent plus cher. Exactement au moment où ils dépensent pour subventionner l'essence.

🇨🇴 La Colombie annonce le plus gros déficit de son histoire récente

Dans son projet de budget 2027, le gouvernement colombien a chiffré son scénario le plus défavorable : un déficit public de 9,4 % du PIB, c'est-à-dire de tout ce que le pays produit en un an. Autrement dit, l'État dépenserait près d'un dixième de la richesse nationale de plus que ce qu'il encaisse. Le budget proposé est environ 10 % plus gros que celui laissé par le gouvernement précédent.

Les économistes du Banco de Bogotá relativisent : l'essentiel de cette hausse ne vient pas de nouvelles dépenses, mais du fait que l'État reconnaît enfin le vrai coût des intérêts de sa dette, jusque-là sous-estimé. Reste que pour financer tout ça, la Colombie a déjà relevé de près d'un tiers le montant de dette qu'elle compte émettre cette année, et prépare un emprunt international d'environ 3 milliards de dollars. Le même jour, l'économiste en chef de S&P pour les pays émergents a déclaré s'attendre à une nouvelle hausse des taux colombiens.

→ À retenir : la Colombie va emprunter davantage, et plus cher, dans un contexte où le dollar se renforce. Pour qui détient de la dette colombienne ou facture dans cette monnaie, les deux risques montent en même temps.

🍬 Le sucre au plus haut depuis dix-sept mois

Le prix du sucre brut sur le marché de New York a atteint cette semaine son niveau le plus élevé depuis mars 2025. Deux raisons se superposent : le Brésil, premier producteur mondial, a pris du retard dans le broyage de sa canne, et l'Inde achète massivement.

Après des prix records chez elle, l'Inde a ouvert en août ses frontières au sucre importé sans droits de douane. Ses raffineries ont déjà demandé à en faire venir 800 000 tonnes. Résultat : le sucre a pris près de 30 % depuis janvier, et les spécialistes annoncent qu'il en manquera dans le monde l'an prochain.

→ À retenir : le sucre entre dans une bonne partie de ce qu'on trouve en rayon. Une hausse de 30 % finit toujours par se retrouver sur les étiquettes, avec quelques mois de décalage. C'est autant un problème d'offre brésilienne qu'un problème de demande indienne.


Ces éléments sont donnés à titre d’information et ne constituent pas un conseil en investissement




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