Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2026
Cette semaine, deux verdicts ont contredit ce qu'on annonçait. Au Brésil, les sondages plaçaient Lula en tête ; les électeurs ont mis son adversaire devant lui. En Argentine, le gouvernement est rentré de Paris avec des promesses d'investissement à la pelle. Le même vendredi, les prêteurs internationaux lui demandaient le prix le plus élevé de l'année pour lui avancer de l'argent.
Ce n'est pas aussi contradictoire qu'il y paraît. Un groupe pétrolier ou minier qui annonce un projet parie sur vingt ans. Un investisseur qui prête à un État parie sur les deux prochaines années, et l'Argentine vote pour sa présidence en 2027.
L'Europe, elle, a pesé là où on ne l'attendait pas. En acceptant de puiser dans ses réserves de carburant, elle a permis à Washington de renoncer à garder son gazole pour lui. Le Brésil, le Chili et le Mexique, qui en dépendent, respirent un peu.
Les promesses se signent en une journée. Les verdicts tombent sans prévenir, dans les urnes comme sur les marchés. C'est dans cet écart que vont se jouer les trois prochaines semaines au Brésil et les douze prochains mois en Argentine.
Économie
🗳️ Brésil : Flávio Bolsonaro arrive en tête, Lula devra passer par un second tour
Dimanche 4 octobre, au premier tour de la présidentielle brésilienne, le sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, a devancé le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva. Il obtient environ 47 % des votes valides (sans les bulletins blancs et nuls), contre environ 45 % pour Lula, selon les résultats du tribunal électoral. Aucun des deux n'a passé la barre des 50 % : second tour le 25 octobre.
L'issue du second tour reste ouverte.
→ À retenir : pour une entreprise européenne présente au Brésil ou une épargne placée en actifs brésiliens, l'horizon politique reste flou jusqu'au 25 octobre. Ce qui se décide d'ici là se décide sans savoir qui gouvernera.
⛽ Gazole : Washington écarte une interdiction d'exporter
Le 2 octobre, Donald Trump a renoncé à interdire l'export de gazole, une idée qu'il avait évoquée fin septembre. Le Brésil, le Chili et le Mexique achètent aux États-Unis une grande partie de ce carburant. La menace décrite dans l'édition précédente s'éloigne donc pour eux.
Le revirement arrive juste après une décision du G7, le club des sept grandes économies occidentales dont fait partie la France : libérer jusqu'à 100 millions de barils de gazole et de pétrole brut tirés de leurs réserves d'urgence. Le G7 s'est aussi engagé à ne pas restreindre ses ventes d'énergie entre membres. Plus de carburant sur le marché, c'est moins de tension sur les prix. Ça ne garantit pas pour autant une baisse durable.
→ À retenir : le risque de pénurie recule pour les semis au Brésil et pour les mines au Chili, deux activités dont une partie de la production finit en Europe. Le gazole, lui, reste très cher.
🇨🇴 Colombie : la banque centrale remonte son taux pour freiner la hausse des prix
Le 30 septembre, la banque centrale colombienne (Banco de la República) a relevé son taux directeur de 12 % à 12,25 %. Ce taux, c'est le levier par lequel elle pèse sur le coût du crédit dans tout le pays. Le vote n'a pas été unanime : quatre membres pour la hausse, deux pour ne pas bouger, un pour monter plus fort.
La raison, c'est l'inflation, c'est-à-dire la hausse des prix. Elle est remontée à 6,2 % sur un an en août, plus du double de l'objectif de 3 %. Les économistes interrogés par la banque l'attendent à 6,8 % en décembre. La banque voit en plus un risque à venir avec El Niño, le phénomène climatique qui provoque des sécheresses et peut faire grimper les prix alimentaires. Un crédit plus cher freine la demande, donc les prix. Il freine aussi l'activité, ça va avec.
→ À retenir : emprunter en Colombie reste cher, et cette hausse risque de peser sur la consommation et l'investissement. Pour une entreprise européenne qui s'y finance sur place, la facture ne s'allège pas.
Entreprises
🛢️ Argentine : TotalEnergies annonce près de 10 milliards de dollars de projets
Le 1er octobre à Paris, pendant l'« Argentina Week » organisée par l'ambassade d'Argentine pour attirer les investisseurs, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a présenté près de 10 milliards de dollars de projets dans le pays. Il y a deux gros morceaux. Le premier est « Alberdi », un gisement de gaz en mer au large de la Terre de Feu, jusqu'à 1,5 milliard. Le second, c'est du pétrole de schiste (extrait de roches très compactes) sur le site de San Roque, à Vaca Muerta, jusqu'à 5 milliards. Le soir même, Javier Milei dînait avec Emmanuel Macron à l'Élysée.
Pour situer le montant : selon Patrick Pouyanné, le groupe a investi environ 6 milliards de dollars en Argentine sur dix ans. Les projets annoncés dépassent donc ce que le groupe y a dépensé en une décennie. Mais ce sont des projets, pas des décisions fermes. San Roque dépend de négociations avec la province de Neuquén, et le groupe compte demander le régime d'avantages fiscaux que l'Argentine réserve aux très gros investissements.
→ À retenir : un groupe français parie gros sur le gaz et le pétrole argentins. Si ça se confirme, ce sont des chantiers et des commandes pour ses fournisseurs et sous-traitants.
🇲🇽 Mexique : Paris appelle ses PME à venir, Mexico veut plus de fournisseurs locaux
Le 29 septembre à Mexico, le ministre délégué au Commerce extérieur Nicolas Forissier a bouclé la tournée latino-américaine racontée la semaine dernière (Panama, Équateur, Salvador, Costa Rica). Il a appelé les PME françaises à investir au Mexique. D'après le Rapport économique France-Mexique présenté ce jour-là, environ 700 entreprises françaises y emploient plus de 215 000 personnes.
Le ministère mexicain de l'Économie, dirigé par Marcelo Ebrard, voudrait que ces groupes français achètent davantage à des fournisseurs mexicains. Le timing n'est pas anodin. L'accord commercial intérimaire entre l'Union européenne et le Mexique a fini son parcours côté européen en juillet. Reste le côté mexicain, et aucune date d'entrée en vigueur n'est encore fixée.
→ À retenir : une porte commerciale est en train de s'ouvrir, avec un accord qui approche et un pays qui lance de grands projets. Et Mexico ne cache pas ce qu'il attend des Français : plus de commandes chez les fournisseurs locaux.
🔋 Argentine : Eramet veut agrandir sa mine de lithium de Salta
Toujours le 1er octobre à Paris, le groupe minier français Eramet a confirmé son projet d'agrandir son site de lithium de Centenario-Ratones, dans la province de Salta, pour environ 350 millions de dollars. Ce qui est nouveau, c'est qu'il compte demander pour ce projet le régime d'incitation argentin aux grands investissements, le RIGI. Le lithium sert à fabriquer les batteries des voitures électriques. La capacité passerait de 24 000 à 35 000 tonnes par an en équivalent carbonate de lithium, l'unité standard du secteur. Ça fait environ 46 % de plus.
Eramet a déjà investi près de 950 millions de dollars dans la première usine, inaugurée en juillet 2024. Elle extrait le lithium directement de l'eau très salée qui dort sous les lacs asséchés de la cordillère. Pour l'agrandissement, la décision finale n'est pas prise : elle est attendue d'ici fin 2027.
→ À retenir : ce serait de la capacité en plus aux mains d'un groupe européen, pour un métal dont l'Europe a besoin pour ses batteries.
Finances & Marchés
📈 Brésil : la Bourse de São Paulo bondit juste avant le vote
L'Ibovespa, l'indice des grandes entreprises cotées à São Paulo, a fini le vendredi 2 octobre, dernière séance avant le premier tour, à près de 192 100 points. Ça fait +4,71 % sur la semaine et son plus haut niveau depuis avril. La semaine d'avant, il avait reculé de 0,95 %.
La presse brésilienne avance trois explications. D'abord, des investisseurs qui ajustaient leurs paris avant le vote. Ensuite, des chiffres d'emploi américains plus faibles, qui font espérer des taux d'intérêt moins élevés aux États-Unis. Enfin, Petrobras, en hausse après une nouvelle découverte de pétrole en mer au large de l'Amapá, à 175 kilomètres des côtes, près de la frontière avec la Guyane française. Le dollar valait environ 5,22 réais.
→ À retenir : ces chiffres s'arrêtent au vendredi 2 octobre. Ils ne disent encore rien de la réaction des marchés au résultat du premier tour.
🇦🇷 Argentine : emprunter coûte plus cher qu'à aucun moment de l'année
Le 2 octobre, le « risque pays » argentin, calculé par la banque JP Morgan, a atteint environ 650 points, son plus haut niveau de 2026. Ce chiffre mesure la différence de rendement entre les obligations argentines en dollars et celles de l'État américain : 650 points, ça fait environ 6,5 points de pourcentage d'écart. Plus l'écart se creuse, plus les marchés jugent risqué de prêter à l'Argentine.
Le ministre de l'Économie Luis Caputo, interrogé à Paris le même jour, a donné trois causes : le pétrole cher, les taux d'intérêt élevés aux États-Unis et la crainte d'un changement de cap à la présidentielle de 2027. Au même moment, le gouvernement faisait le total des annonces de Paris et arrivait à 27 milliards de dollars. Ce sont des annonces, pas des investissements acquis.
→ À retenir : quand le risque pays monte, emprunter à l'étranger coûte en général plus cher, à l'État comme aux provinces et aux entreprises. Y compris celles qui financent Vaca Muerta.
💱 Mexique : le peso recule pour la quatrième semaine
Le peso mexicain a fini le vendredi 2 octobre à 18,16 pesos pour un dollar, selon la banque centrale mexicaine, en baisse d'environ 2,6 % sur la semaine. Ça fait quatre semaines de baisse d'affilée.
Le mécanisme est connu. Quand les taux d'intérêt américains montent et que la guerre au Moyen-Orient inquiète, les investisseurs rapatrient leur argent vers le dollar, et les monnaies des pays émergents baissent.
→ À retenir : pour une entreprise ou un épargnant européen exposé au Mexique, le risque de change grimpe. Ce que ça donne en euros dépend aussi de l'euro face au dollar et des protections prises contre les variations de devises.
Ces éléments sont donnés à titre d’information et ne constituent pas un conseil en investissement
